Experiences de l'émeute du 20 août

Devant la condamnation presque généralisée dans les médias - parfois même par des gens « de gauche » - du blocage des fachos dans le sous-sol du stationnement de Marie-Guyard pendant quelques heures, nous nous permettons d’y revenir - nous qui, contrairement à plusieurs qui commente l’évènement, avons participer activement à l’émeute - pour en tirer nos propres conclusions.

1- Ce fut une victoire.

Non pas une victoire décisive, mais nous avons tout de même contenu les racistes de la meute pendant plusieurs heures dans la chaleur et l’humidité du sous-sol du complexe G.

Cependant, pour presque toutes et tous, le débriefing fut brutal : les moutons avaient réussi a prendre la rue. Trop tard pour nous toutefois, nous pensions déjà nos blessures. Mais ce sentiment amer de défaite n’est arrivé qu’après les développements du blocage. Pour être très honnête, il y en avait peu qui considéraient avant dimanche que nous avions des chances de carrément bloquer la manif des fachos. Au mieux, nous allions en découdre devant le parlement, mais personne n’espérait même avoir une chance de les assiéger (et dans quelle condition!). Nous aurions aimé voir leur tronche de pathétiques chiens battus lorsqu’ils ont appris que l’édifice était encerclé par les antifa et que la police ne les laisserait pas sortir. La rumeur veut que dans leur réseau de communication on pût entendre « Ils sont 6000 tabarnak! ». Ça devait sentir mauvais la peur, la pisse et la merde dans leur terrier.

D’ailleurs, parait-il, l’action a été efficace sur un autre point : elle a exposé les fachos.

Elle a exposé leurs divisions.

Des supporters de stormalliance, d’autres racistes, auraient été refoulés à l’extérieur - donc, laisser en pâture aux antifa - par « les loups ». Belle solidarité.

D’ailleurs, quelle solidarité ?

Ça prenait bien des fachos pour militer pour la liberté d’expression en interdisant à tout le monde dans leur parade de parler aux médias, ou même d’avoir leur propre slogan, ou même, en fin de compte, d’ouvrir la bouche. Leurs brutes veillaient à ce que le mot d’ordre soit respecté : la manif serait silencieuse. Des loups, mais en laisse.

Elle les a finalement exposés pour ce qu’ils sont vraiment : les flics.

On s’y attendait, les policiers ont choisi leur camp : « la loi et l’ordre », c’est-à-dire le patriarcat, le capitalisme et surtout dans ce cas-ci, le colonialisme. Pas étonnant de les voir conseiller les fascistes, de les voir les protéger et de, nous, subir leur coup de matraque pour avoir tenté de pratiquer un peu de justice. Pas étonnant que les dirigeants de la meute ont forcé un hommage « au bon travail des agents de la paix ».

Devant la ligne de flics qui s’imposait entre manifestant•e•s et connards, dans l’esprit de celles et ceux qui y étaient, il fallait choisir son camp : celui de ceux qui marchent en rang, encerclés et protégés par « la violence légitime », ou celui de celles et ceux qui agissent librement, décidé-e-s à être leur seul maitre.

2- Ils s’en trouvent pour aller pleurer dans les médias que ce fut une défaite.

Pour ceux et celles-là, disons que nous leur réservons une place spéciale dans notre coeur, juste à côté des flics. Pour paraphraser le comité invisible : Ce qu’il y a de bien dans l’émeute, c’est qu’elle permet de déterminé les ami•e•s des ennemies. Parfois, la police n’en a pas l’uniforme. Parfois, des gens semblent tout faire pour leur livrer les amies. Parfois ces gens, ironiquement « pacifistes », fantasment davantage sur la violence que les « radicaux ». Parfois ces gens-là sont plus proches de nos milieux que l’on pense…

Des gens comme ça, nous pouvons nous en passer de leur « critique » et ce n’est pas à elles et à eux que nous destinons notre réflexion. Nous ne leur devons rien.

Personne ne va casser du faf pour faire plaisir aux médias. Aux mieux, les médias sont des outils. Des instruments que nous pouvons disposer lorsque nous les comprenons suffisamment pour éviter de nous laisser déterminer par leur forme. Il n’y a qu’à voir ce que Jaggi a réussi à accomplir sur toutes les tribunes pour s’en convaincre. Mais il en paie maintenant le prix…

Parfois, si nous voulons que la peur change de camp… Parfois si nous voulons garder l’initiative… Parfois, si nous voulons que les manifs « populaires » et « familiales » ne soient pas confinées au trottoir… Parfois la confrontation a une utilité : que flics ne savent plus à quoi s’attendre, que flicailles et facho reculent. Ces fois-là, nous n’attendons rien des médias et de leur produit, que ce soit la société ou l’opinion publique. En fait, la violence, comme les médias, est un outil, une tactique, un moyen que l’on utilise pour arriver à nos fins.

Après, il est vrai que l’on ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs. Robespierre a envoyé bien des gens à la guillotine, parfois même des gens honnêtes. Lorsque l’on commet le risque du choix décisif et de l’action pratique, il arrive que l’on fasse des erreurs. Il arrive que l’on tape trop fort les mauvaises personnes. Pour être franc-he-s, il n’y a pas grand-chose a gagné à casser du péquenot désoeuvré. Et si nous commençons dans cette voie-là, avouons-le, nous ne sommes pas sorties du bois.

3- Il était temps que l’initiative soit de notre côté

Ce n’est pas la première fois qu’on le mentionne : mais il y a bien trop longtemps que la police de Québec agit impunément.

Dans l’émeute, nous nous sommes vu•e•s, et enfin, retrouvé•e•s. Celle-ci a produit de la vérité. Cette vérité nous a tombé dessus de telle sorte que nous nous sommes vus dans la clarté de la lumière. Un véritable moment messianique. Derrière les masques et devant les boucliers des antiémeutes, nous avons reconnu les amies, mais surtout retrouvé la force d’être ensemble. Nous avons constaté le trouble que peuvent faire un gang de motivé•e•s qui sont prêt à ne pas reculer.

Certains ont déclamé que nous manquions d’imagination dans la lutte antiraciste, que nous ne pensions pas plus loin que la confrontation directe et brutale avec l’ennemie. Ce n’est pas tout à fait faux. Il ne faut pas retourner le fantasme que les pacifistes entretiennent pour la « violence ». La confrontation n’est - pas plus qu’une entrevue à la radio ou qu’un post sur Facebook - qu’un simple instrument. L’antiracisme c’est aussi et surtout une praxis : celle de la construction de liens, autant de ponts entre les différentes subjectivités, et la résistance envers ce qui cherche à les séparer. C’est la discussion, le partage des expériences autant que la défense de cette différence.

Il faut être aveugle pour ne pas voir qui se cache sous les cagoules ; pour ne pas voir que ces personnes - nous au fond - que nous participons aussi à des barbecues, que l’on nous retrouve autour de groupes communautaires, parfois dans la musique et d’autres fois même à des « manifestations familiales ». La police qui harcèle et contrôle toutes nos activités, nous avions hâte que quelqu’un lui réponde. Peut-être qu’elle va se tenir un peu plus tranquille maintenant qu’elle sait que nous pouvons répliquer.

4- La crème des casseurs est ici.

Ce serait mentir que d’affirmer que cette manif fut le produit des gens de Québec. Ce ne l’était pas. Heureusement, des camarades montréalais ont pris l’initiative de tout bloquer. Pour cela nous leur sommes reconnaissants. Ce serait une autre erreur, en retour, de supposé que « la gang de Jaggi, associé au Black Bloc » était la seule à injurier la ligne d’antiémeute et à saccager les terrasses de la Grande Allée. Il avait des amies de Québec là-dedans et, quelques fois, des amies que nous n’attendions plus. C’est ici que l’on aurait pu se passer de la condescendance de certains ami•e•s montréalais-es venu•e•s qui, dans leur infinie générosité, ont proposé de nous expliquer comment ça marche.

Maintenant, il faut être fidèle à ce que nous avons vécu ensemble. Il faut partir de là. À présent, ce qui nous attend c’est la multiplication des actions, quelques fois mobilisant la force, qui va redynamiser la lutte radicale aux oppressions, ici mêmes. Ça l’implique forcément que nous multiplions également les occasions de rencontre, la nuit et le jour.

Il faut donner raison à Labeaume : La crème des casseurs est ici.